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Flavien KOUATCHA à l'édition 2020 du Salon International de l'Agriculture à Paris

Flavien Kouatcha et Emmanuel Macron

"Il y a ceux qui se lamentent du retard pris par l’Afrique en agriculture et ceux dont le regard est résolument tourné vers l’avenir. Le Camerounais Flavien Kouatcha, 30 ans, appartient d’évidence à la deuxième catégorie."

Article paru dans le Journal LA CROIX
Auteur : Antoine d’Abbundo

En Afrique, la question de l’approvisionnement alimentaire des grandes villes est un enjeu majeur. Un jeune innovateur camerounais, Flavien Kouatcha, a fait le déplacement de Douala à la porte de Versailles, à Paris, pour promouvoir son projet de ferme urbaine en aquaponie. Il est de cette nouvelle génération qui, loin des grandes théories, s’est donnée pour mission de chercher une solution pragmatique à un enjeu majeur pour le continent : comment nourrir une population urbaine grandissante – près de 500 millions d’Africains vivent dans de grandes métropoles et ce chiffre va doubler au cours des 25 prochaines années, selon la Banque mondiale – quand une grande part des denrées produites en zones rurales n’arrivent pas à destination faute d’une logistique suffisante ?

Rien ne se perd, tout se recycle

Or, la logistique, Flavien Kouatcha connaît bien. Ingénieur en maintenance industrielle de formation, il a travaillé pendant trois ans pour le compte d’un grand groupe français opérant sur le port de Douala, la capitale économique du Cameroun. « Mettre en place une chaîne d’approvisionnement efficace entre l’arrière-pays et ses milliers de petits producteurs et les consommateurs urbains est une tâche qui coûterait très cher et prendrait beaucoup de temps, explique-t-il. D’où l’idée de transporter la campagne à la ville à travers mon projet d’aquaponie. »

 

L’aqua quoi ? « L’aquaponie est un mode de culture très ancien qui consiste à associer l’élevage de poissons à la culture de plantes dans un circuit fermé, explique Flavien Kouatcha. Les déjections des poissons servent de nutriments aux légumes qui, en retour, permettent d’épurer l’eau du bassin. »

Un système écologiquement très vertueux puisqu’en aquaponie rien ne se perd, tout se recycle, et particulièrement adapté au développement de l’agriculture en zone urbaine où l’accès au foncier est limité. « De plus, il favorise l’économie locale et les circuits courts, ce qui limite les coûts liés aux transports et réduit les émissions de gaz à effet de serre », souligne Flavien Kouatcha.

 

Un coup de projecteur présidentiel inespéré

Jusqu’à présent, la start-up qu’il a fondée, baptisée Save Our Agriculture, a mis au point des kits aquaponiques individuels qui permettent à quelques clients fortunés de cultiver leur jardin en même temps que d’admirer leur aquarium. Mais Flavien Kouatcha voit plus grand.

Grâce au soutien du fonds de dotation Pierre Castel – Agir pour l’Afrique, sa petite entreprise a également développé, sur le port de Douala, un prototype de « ferme urbaine » qui utilise deux conteneurs empilés, reliés par une savante tuyauterie et capables de produire respectivement 400 kg de poissons et 800 kg de productions maraîchères par semestre avec un impact environnemental minimum.

 

À la recherche d’investisseurs

Il ne manque plus que les investisseurs pour passer à la vitesse supérieure. « En Afrique, on intéresse, mais les gens veulent une rentabilité immédiate alors que nous sommes encore en phase expérimentale », explique Flavien Kouatcha. D’où sa venue porte de Versailles, à Paris, « pour trouver des partenaires moins pressés qui, espère-t-il, me permettront de grandir. »

 

Source :https://www.la-croix.com/